[comgarr] Des organisations non gouvernementales de l'Europe et de l'Afrique demandent un autre regard sur la migration
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Mar 24 Oct 16:19:43 EDT 2006
Des organisations non gouvernementales de l'Europe et de l'Afrique
demandent un autre regard sur la migration
Port-au-Prince, 12 juillet 2006. Environ 150 représentants
d’organisations non gouvernementales
de l’Afrique et de l’Europe réclament un autre regard sur la migration
africaine et le respect du droit
à l’immigration. Cette demande a été formulée en prélude à une rencontre
sur la migration prévue
entre les autorités gouvernementales de ces deux continents les 10 et 11
juillet 2006 à Rabat,
au Maroc.
A l’issue d’une rencontre alternative tenue les 30 juin et 1er juillet
2006 à Rabat
également, les organisations présentes ont signé un manifeste sur la
migration.
Nous vous invitons à lire l’intégralité de ce document dans
les lignes qui suivent.
Nous, acteurs des sociétés civiles d’Afrique subsaharienne, d’Afrique du
Nord et d’Europe, réunis en Conférence non gouvernementale euro-africaine
les 30 juin et 1er juillet 2006 à Rabat, indignés par la guerre aux
migrants qui s’amplifie d’année en année le long des côtes
méditerranéennes et atlantiques, refusons la division de l’humanité entre
ceux qui peuvent circuler librement sur la planète et ceux à qui cela est
interdit, refusons également de vivre dans un monde aux frontières de
plus en plus militarisées qui segmentent nos continents et veulent
transformer chaque groupe de pays en forteresse.
Considérant que le respect de ce droit fondamental qu’est la liberté de
circulation telle qu’énoncée dans l’article 13 de la Déclaration
Universelle des Droits de l’Homme de 1948 est une
condition préalable à l’exercice des autres droits fondamentaux, et que
cet article 13-1 posant comme un droit fondamental celui de pouvoir
quitter son pays signifie nécessairement celui de pouvoir s’installer
dans un autre pays;
Considérant que les restrictions actuelles à la liberté de circulation
restreignent uniquement celle des
plus pauvres et reflètent non seulement la montée en puissance des
nationalismes xénophobes mais
aussi la peur élitiste des populations défavorisées ;
Considérant que, contrairement aux idées reçues, et comme l’a reconnu la
CNUCED dans son rapport de
2004, c’est encore l’Afrique qui finance l’Europe alors que les écarts de
revenus par habitants entre
l’Europe et l’Afrique ne cessent de s’accroître ;
Considérant que les politiques sécuritaires font croire que les migrations
sont un problème et une menace
alors qu’elles constituent depuis toujours un phénomène naturel et que,
loin d’être une calamité pour les
pays développés, elles constituent un apport économique et culturel
inestimable ;
Considérant que les mesures sécuritaires ne mettront pas fin aux flux
migratoires, induits par de multiples
facteurs, et que les expériences historiques de libre circulation des
personnes ont montré que celle-ci ne
limite ni la souveraineté ni la sécurité des Etats qui sont davantage
menacées aujourd’hui par la libre
circulation des capitaux ;
Considérant que le respect de la Déclaration Universelle des Droits de
l’Homme de 1948 demeure
un objectif qui doit être poursuivi par l’adoption de mesures visant à
instaurer la liberté de circulation
et la réhabilitation du droit d’asile d’une part et le respect effectif du
droit au développement d’autre part ;
Nous exigeons :
1) le renoncement à l’idéologie sécuritaire et répressive qui oriente
aujourd’hui les politiques
migratoires, notamment à « l’externalisation » de l’asile et
des contrôles aux frontières, à
la criminalisation des migrations, ainsi qu’à toute loi raciste, xénophobe
ou discriminatoire ;
2) la refondation des politiques migratoires sur la base du respect des
droits humains, d’une réelle
égalité des droits des personnes vivant sur un même territoire et, dans
l’immédiat, de la régularisation
de tous les migrants sans papiers ;
3) la dépénalisation du délit de séjour irrégulier et de l’aide aux
personnes contraintes à ce type
de séjour ;
4) l’annulation des accords de réadmission de personnes expulsées et
l’abandon de toute
négociation en ce sens par les Etats ;
5) la suppression des visas de court séjour, de toutes les entraves
posées à la sortie d’un
territoire, et la
justification détaillée et contrôlée des refus de visas d’établissement
avec une stricte symétrie
des conditions africaines et européennes de délivrance de ce type de visas ;
6) la fermeture de tous les lieux d’enfermement et autres dispositifs
de blocage des personnes
aux frontières ;
7) l’abolition de toutes les mesures faisant obstacle aux possibilités
de regroupement familial ;
8) l’application complète et sincère de tous les instruments de
protection internationale afin de
ne pas réduire le droit d’asile à une simple fiction ;
9) l’octroi systématique à tous les réfugiés statutaires d’une complète
liberté de circulation
et d’installation et d’une protection à travers le monde ;
10) la refondation financière et juridique du HCR de manière à ce qu’il
protège effectivement
les demandeurs d’asile et réfugiés et non pas les intérêts des
gouvernements qui le financent ;
11) la ratification de la Convention internationale sur la protection
des droits de tous les
travailleurs migrants et des membres de leurs famille, son intégration
dans les lois nationales,
la ratification des conventions de l’Organisation Internationale du
Travail, et notamment les
conventions 143 et 97 ainsi que leur mise en œuvre ;
12) que toute négociation euro-africaine repose sur le principe
d’égalité des interlocuteurs
et que les dirigeants africains, qui ont si peu défendu les intérêts de
leurs populations, assument
pleinement leurs responsabilités, tout particulièrement en remettant en
cause les accords de
partenariat euro-africains ;
13) la mise en place de mécanismes de souveraineté alimentaire et la
suppression des accords
qui hypothèquent l’avenir de l’agriculture africaine ;
14) la suppression des conditionnalités imposées aux pays africains
dans les négociations
internationales, et tout particulièrement celle de la sous-traitance de la
lutte contre les migrations;
15) l’annulation inconditionnelle de la dette des pays du sud ainsi que
le rapatriement de
leurs avoirs placés dans des banques étrangères.
Rabat, le 1er juillet 2006
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