[comgarr] La promotion de la culture des deux pays et la gestion de la frontière: quatrième dossier brûlant dans les relati ons haïtiano-dominicaines
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Mar 24 Oct 15:33:12 EDT 2006
La promotion de la culture des deux pays et la gestion de la frontière:
quatrième dossier brûlant dans les relations haïtiano-dominicaines
Le traitement reçu par les haïtiens en République Dominicaine crée une
image négative qu’il importe de changer. Actuellement, les Haïtiens-nes
sont considérés comme des personnes qui peuvent être exploités et
rapatriés au gré des patrons et dirigeants dominicains au su et au vu de
tous les jeunes dominicains.
Toutes ces humiliations sont habillées d’une couverture anti-haïtianisme
dans certains médias dominicains qui présente les Haïtiens comme des
envahisseurs empêchant aux dominicains de trouver de l’emploi et jouissant
de leurs services sociaux de base. La perception dominicaine des haïtiens
donne naissance à de graves conflits qui ont coûté la vie à de nombreux
haïtiens, si l’on se réfère à l’affaire Hatillo Palma en mai 2005. Bien
que l’anti-haïtianisme soit lié à une partie de l’histoire de l’île, il
s’est amplifié avec le flux migratoire haïtien qui ne cessent de grandir,
aujourd’hui la population haïtienne en République Dominicaine est
d’environ 500,000 personnes.
Pour empêcher une détérioration de cette situation, les deux Etats doivent
freiner toute politique de laisser aller et toute logique qui tend à
résoudre le problème avec des palliatifs. L’application de nouvelles
stratégies visant la résolution du problème dans sa souche s’avère urgente
pour éviter tout déchirement futur entre les deux peuples qui chercheront
à se faire justice, comme bon leur semble, par exemple lors de la visite
du président dominicain en Haïti en décembre 2005.
Pour remédier à la situation, il faut donc un plan global qui visera une
approche de régulation fondamentale des différents aspects des relations
haïtiano-dominicaines, mais aussi des accords de coopérations touchant
l’éducation des migrants et des échanges de savoir-faire entre Haïtiens et
Dominicains.
Il faut présenter l’Haïtien dans toutes ses dimensions en République
Dominicaine et vice versa. Pour y arriver, la promotion de la culture
haïtienne en République Dominicaine et de celle des Dominicains en Haïti
peut s’avérer très utile. Cette promotion stimulera l’intégration des
haïtiens dans la société dominicaine et permettra de refaire l’image
d’Haïti en République Dominicaine.
Nous pouvons espérer que le respect des conditions suivantes débouchera
sur une nouvelle vision dans les relations entre les deux pays :
La participation active des deux (2) états dans la promotion de la culture
des deux populations en organisant des manifestations culturelles
binationales (foire de production, festivals de musique et de cinéma, de
danses, etc.) ;
La création d’espace permettant à la communauté haïtienne de la République
Dominicaine d’exprimer son appartenance culturelle sans aucune
contrainte ;
La facilitation de la participation d’artistes haïtiens dans des activités
culturelles dominicaines (octroi de visa de courtoisie, diminution de
certains coûts) ;
L’utilisation de la langue créole dans certains espaces publics
dominicains comme les aéroports, les douanes, etc. Cette même stratégie
doit être prise en compte lors de la publication de notes officielles qui
concernent cette communauté par l’Etat dominicain ;
L’encouragement de toute initiative qui vise à vendre la production
culturelle des deux pays dans des espaces appropriés comme les
discothèques, les cinémas, les médias, etc. ;
La prévision de tarifs spéciaux ou d’exemptions pour des touristes
haïtiens et dominicains ;
La promotion d’échanges entre des intellectuels haïtiens et dominicains ;
La promotion d’échanges entre les écoles et les universités haïtiennes et
dominicaines ;
Le freinage de toute tendance qui vise à véhiculer des messages de haine
dans les médias des deux pays.
Politique de gestion de la frontière
La frontière haitiano-dominicaine reste un dossier incontournable pour
tout gouvernement, quel qu’il soit, et cela, pour diverses raisons, comme
la proximité, l’importance de la communauté haïtienne en territoire voisin
et la grande fréquentation des différents points frontaliers par diverses
catégories d’usagers: les riverains, les malades, les
journaliers-travailleurs agricoles, les grands et petits commerçants, les
milliers d’acheteurs des marchés hebdomadaires binationaux venus des
quatre coins d’Haïti sans oublier les religieux, éducateurs/éducatrices et
élèves, etc.
Il importe d’approcher le thème de la sécurité à la frontière, de façon
large, approfondie et surtout participative. Envisager une présence
imposante de forces publiques comme unique solution au problème de
sécurité à la frontière semble une démarche risquée et vouée à l’échec.
Le GARR formule les propositions suivantes en vue de garantir
effectivement la sécurité à la frontière et de créer les conditions pour
une amélioration dans les relations entre les deux pays :
1– Renforcer la présence de l’Etat haïtien dans ses différentes
composantes à la frontière
Il est urgent que l’Etat haïtien définisse clairement sa vision de la
frontière qui devient une aire d’échanges de plus en plus complexes et
diversifiés. Cette vision gagne à être traduite en un cadre de référence
obligé pour tout projet interne ou externe.
Les services publics liés à l’environnement, la santé, l’approvisionnement
en eau potable, la migration, la gestion des marchés, l’entrée et la
sortie des marchandises, l’éducation, les structures de distribution de la
justice, doivent devenir une réalité à la frontière.
- Une politique d’accueil, de réinsertion et d’intégration des
victimes de rapatriements
- L’élimination de la perception directe sur les
voyageurs/voyageuses du paiement des heures supplémentaires effectuées par
les agents de l’immigration haïtienne, après 4 heures de l’après-midi,
pendant le week-end et les jours fériés. Les agents sont des employés de
l’Administration Publique et doivent recevoir leur rémunération de l’Etat
et non des citoyens/citoyennes qui voyagent.
- L’établissement de nouveaux consulats haïtiens en République
Dominicaine, particulièrement dans les points frontaliers où les
représentations consulaires du pays voisin, n’ont pas de vis-à-vis,
notamment à Elias Piña et à Pedernales.
- L’encadrement des associations de pêcheurs haïtiens à travers
l’information sur la législation maritime existante, la formation et la
fourniture d’équipements de pêche appropriés.
- La régularisation et une meilleure organisation de certaines
activités comme les marchés frontaliers, les traversées de marchands et
marchandes ou le passage de malades en quête de soins.
Plusieurs organismes internationaux ont déjà programmé des interventions
importantes à la frontière sans que l’Etat haïtien n’ait jusqu’à date,
produit sa vision globale de l’évolution de ce point névralgique du
territoire, dépassant 350 kilomètres en longueur.
La sécurité à la frontière est certes un problème à résoudre en toute
urgence. Mais la sécurité de la frontière exige une politique et une
vision claire de la gestion frontalière dans un contexte de
globalisation. Dans cette gestion, le GARR exhorte les autorités
haïtiennes à rechercher la consultation des organisations communautaires,
des associations de commerçants/tes, de pêcheurs, de transporteurs, bref,
des multiples usagers de la frontière ainsi que des organismes impliqués
de longue date dans la problématique migratoire et frontalière
haïtiano-dominicaine.
Le renforcement de la présence multi-institutionelle de l’Etat, dans le
cadre d’une politique frontalière et migratoire supportée par une vision
claire, ne peut qu’aider à élever le niveau de sécurité à la frontière, un
espace commun aux peuples haïtien et dominicain condamnés à construire une
coexistence pacifique et fructueuse dans le respect mutuel. (Fin de texte,
GARR 8 mars 2006)
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