[comgarr] Que signifie pour le Consul dominicain à Ouanaminthe l'expression "protéger les haïtiens" e n les expulsant de la République Dominicaine
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Mar 24 Oct 10:58:23 EDT 2006
Que signifie pour le Consul dominicain à Ouanaminthe l'expression
"protéger les haïtiens" en les expulsant de la République Dominicaine
Note de presse de "Solidarite Fwontalye/SJRM"
Ouanaminthe, 18 mai 2005. Ouanaminthe, ville frontalière haïtienne dans
la zone Nord et voisine de Dajabón (République Dominicaine), a été témoin,
pendant le week-end écoulé (du vendredi 13 mai au dimanche 15 mai), de
l’une des expulsions les plus massives et brutales d’Haïtiens du
territoire dominicain depuis 1991 où le président dominicain d´alors,
Joaquín Balaguer, avait déporté environ 35000 personnes à Haïti. Pendant
ces trois jours (vendredi 13, samedi 14, dimanche 15 mai), plus de 2000
personnes ont été expulsées de la zone Nord de la frontière haïtiano-
dominicaine à toutes les heures du jour et même au cours de la nuit où
elles étaient exposées à la violence des militaires et de quelques civils
dominicains.
Ces personnes expulsées, dont la majorité sont des femmes et des enfants,
ne sont pas exclusivement de nationalité haïtienne. SOLIDARITE
FWONTALYE/SJRM (Service Jésuite aux Réfugiés et Migrants) a enregistré le
cas d’à peu près 60 dominicains d’origine haïtienne ou simplement de
couleur noire. 53 personnes expulsées, dont des dominicains dotés de leur
cédula et actes de naissance prouvant leur nationalité dominicaine, des
personnes munies de leur visa ou de leur carné de migration dominicaine en
vigueur, pouvaient retourner chez eux en République Dominicaine le
vendredi 13 mai avec l’ appui de notre institution. Cependant, presque la
moitié des dominicains expulsés, soit 38, se trouvent actuellement au
centre d’hébergement de Solidarite Fwontalye/SJRM (L’institution des Pères
Jésuites d’Haïti à Ouanaminthe) qui leur a offert (ainsi qu´à environ
1350 personnes de nationalité haïtienne que nous avions accueillies à la
paroisse de Ouanaminthe et aidées aussi à se rendre à leurs communautés
d’origine) l’assistance humanitaire d’urgence (eau, alimentation,
logement, soins médicaux) et l’accompagnement humain.
Dans ce contexte de crise humanitaire, le consul dominicain à Ouanaminthe,
Mr. Juan Bossio, expliquait le mardi 17 mai à quelques membres de
SOLIDARITE FWONTALYE/SJRM que le gouvernement dominicain a fait cette
expulsion dans le but de « protéger les haïtiens ». Dans ce cas, il faut
demander non seulement à ce consul mais aussi au gouvernement dominicain
que signifie « protéger les haïtiens » quand :
ces à peu près 2000 personnes expulsées arrivent à Ouanaminthe dans une
situation vraiment humiliante : en guenille, affamées, entassées dans les
véhicules qui les transportaient, blessées dans leur dignité...
la majorité de ces gens expulsés sont des femmes et enfants et autres
groupes très vulnérables comme des personnes âgées, des femmes enceintes
et des mineurs dont leur état de santé s’est vu détériorer à cause des
pénibles conditions de transport dans lesquelles on transporte des
animaux.
Plus de 60 personnes expulsées ne sont pas de nationalité haïtienne, mais
plutôt des dominicains d’origine haïtienne et de couleur noire que les
autorités dominicaines s’obstinent à leur refuser d’entrer en République
Dominicaine jusqu’à nouvel ordre.
les militaires dominicains ont déchiré ou ignoré les documents des
expulsés dominicains tels les cédulas (cartes d’identité et électorales)
et les actes de naissance qui prouvent leur nationalité dominicaine ; ils
ont également maltraité les personnes en processus d’expulsion et volé
leurs effets personnels (téléphones portables, argent et même des
motocyclettes).
les haïtiens qui ont décidé de retourner volontairement en Haïti, par peur
d’être victimes, sont l’objet des actes de vol et de représailles de la
part des militaires et des civils dominicains.
L’État dominicain viole les droits humains fondamentaux des personnes
expulsées, le Protocole d’Entente sur les Mécanismes de Rapatriement signé
le 2 décembre 1999 entre les deux gouvernements haïtien et dominicain et
les Traités Internationaux concernant les droits de l’Homme.
Cette « protection des haïtiens» que le gouvernement dominicain prétend
faire n’est autre qu’un fallacieux argument pour continuer de commettre
d’une façon flagrante et systématique un ensemble intolérable d’abus et de
violations contre les droits et la dignité des personnes de couleur noire
en territoire dominicain.
Les haïtiens en République Dominicaine doivent, au contraire, être
protégés de l’État et du gouvernement dominicains qui ne respectent aucun
cadre légal et sont en train de faire un « nettoyage ethnique » en
expulsant les personnes de couleur noire de la République Dominicaine,
quelle que soit leur nationalité, en les dépouillant de leurs documents
légaux et de leurs effets personnels et en leur niant la possibilité de
retourner chez eux en territoire dominicain.
Le gouvernement haïtien doit jouer un rôle important dans la protection de
ses citoyens en République Dominicaine de façon suivante : en normalisant
ses relations diplomatiques avec le gouvernement dominicain et en
intervenant le plus vite possible sur le poste frontière Nord Ouanaminthe-
Dajabón - en accompagnant les haïtiens qui entrent volontairement en Haïti
ou qui sont expulsés de la République Dominicaine - en assurant la
sécurité des haïtiens qui vivent en territoire dominicain ou qui y vont.
Ces mesures pourront éviter dans les jours à venir une autre crise
humanitaire comme celle qui a lieu à Ouanaminthe du vendredi 13 au
dimanche 15 mai.
Le Consulat dominicain à Ouanaminthe doit se pencher sur le cas des
dominicains expulsés à Ouanaminthe afin de les représenter réellement,
cette fois, devant les autorités de leur propre pays et de les aider à
retourner en République Dominicaine. L’heure est venue pour le consul
dominicain à Ouanaminthe de défendre et « protéger » réellement ses 39
compatriotes dominicains qui attendent une réponse favorable des autorités
de leur pays pour qu’ils puissent rentrer avec dignité en République
Dominicaine. Le consul dominicain aura à se confronter à ce paradoxe :
protéger ces dominicains expulsés contre l’État et le gouvernement de leur
propre pays. Si le gouvernement dominicain n’est pas en mesure de
« protéger » ses propres citoyens en territoire dominicain, comment
peut-il protéger les haïtiens qui sont considérés comme des étrangers
indésirables par l’État dominicain et une bonne partie de la société
dominicaine?
Si l’assassinat d’une commerçante dominicaine à Hatillo Palma
(Montecristi) dans la zone Nord de la frontière le lundi 9 mai, attribué à
des haïtiens, a occasionné cette campagne de persécution et d’expulsion
massive des personnes de couleur noire menée par l’État dominicain, en
complicité avec des groupes de dominicains xénophobes et
« anti-haïtiens », SOLIDARITE FWONTALYE/SJRM se demande si c’était la
seule façon à eux de se faire justice et, en plus : qu’est-ce que les
autorités des deux États dominicain et haïtien vont décider pour faire
cesser ces violations flagrantes des droits humains perpétrées au cours
des expulsions, pour réparer aussi les torts et préjudices causés aux
personnes expulsées et pour prendre des mesures concertées afin de
respecter et de défendre les droits, la vie et la dignité de toute
personne en tant qu’être humain, en particulier, les personnes de couleur
noire en République Dominicaine ?
Nous constatons que le gouvernement haïtien est loin de remplir son rôle
de protéger les haïtiens en République Dominicaine et que le gouvernement
dominicain profite d’un incident, certes malheureux et répréhensible, pour
expulser de son territoire les personnes de couleur noire et ainsi faire
un nettoyage ethnique en prétendant « protéger les haïtiens ».[18-05-05]
SOLIDARITE FWONTALYE/SJRM
Rue Liberté, Gaillard, Ouanaminthe, Haïti
Téléphone : 1 (809) 7605256
Email : solidaritefwontalye at jesuits.net
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