[comgarr] Plus de 2000 personnes expulsées à Haïti hors de tout cadre légal et en d ehors de tout respect des droits humains

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Mar 24 Oct 10:49:33 EDT 2006


Plus de 2000 personnes expulsées à Haïti hors de tout cadre légal et en
dehors de tout respect des droits humains

Note de presse de "Solidarite Fwontalye/SJRM"

Dajabon, 16 mai 2005.  Du vendredi 13 mai au dimanche 15 mai, l’Etat
dominicain a expulsé plus de 2000 haïtiens,  dominicains d’origine
haïtienne et autres dominicains de couleur noire à Ouanaminthe – dont la
majorité sont des femmes et des enfants-, causant ainsi une crise
humanitaire.

De ces 2000 rapatriés Solidarite Fwontalye/SJRM a reçu environ mille en
les accueillant sur le poste frontière de Ouanaminthe, du côté haïtien de
la frontière Nord haïtiano- dominicaine, pour les conduire à l’Auditorium
de la Paroisse de Ouanaminthe qui a servi comme Centre d’hébergement où
Solidarite Fwontalye/SJRM, en coordination avec d’autres organismes et
volontaires, leur a donné une assistance humanitaire d’urgence en termes
d’alimentation, d’eau, de soins sanitaires, d’hébergement et, surtout, un
accompagnement humain.

De ces rapatriés que nous avons reçus, nous avons enregistré des cas très
graves. Pour les deux premiers jours (13 et 14 mai), nous pouvons faire
mention de ces cas de gens expulsés:
12 dominicains dotés de leur « cédula » (qui sont des cartes d’identité
doublées de cartes électorales) et 29 mineurs munis de leur acte de
naissance; ces deux documents qui prouvent leur citoyenneté dominicaine
ont été ou déchirés par les militaires dominicains ou ignorés par eux.
39 parents qui n’ont pas eu le temps de récupérer leurs enfants et qui se
trouvent en Haïti en étant obligés de les laisser en territoire dominicain
sans savoir maintenant rien d’eux.

Par exemple, Nadège Étienne dit avoir laissé 6 enfants –dont l’aîné a 9
ans- chez elle à Batey Libertad ; les militaires l’interceptaient alors
qu’elle se rendait à son lieu de travail.
4 Haïtiens avec leurs passeports et visas - non expirés- et d’autres avec
leur « carné » (un document qui leur permet de rester et de travailler en
République Dominicaine pour un temps bien déterminé).
28 mineurs dominicains de couleur noire,  qui allaient à l’école ou qui se
trouvaient tout près de chez eux.
Selon le témoignage de José Miguel Durán de 23 ans, lui et ses deux petits
frères de 13 et de 14 ans sont nés et ont grandi à Boca de Mao en
République dominicaine; les trois ont été rapatriés alors qu’ils allaient
à l’école.

12 personnes dans la soixantaine qui ont vécu plus de 30 ans en République
dominicaine, y ont élevé leurs enfants et ont perdu tout contact avec
Haïti.

Israël Prévil a vécu pendant 39 ans en République Dominicaine et s’est
totalement déconnecté d’Haïti ; maintenant, il ne sait où il pourrait
rencontrer un de ses proches parents.

2 femmes qui sont enceintes de 9 mois et 4 autres femmes entre 6 et 8 mois
de grossesse, et toutes sont arrivées dans un état de santé très délicat à
cause des conditions dans lesquelles elles ont été forcées de voyager.
Il y a lieu de faire mention de ce cas spécial : une femme qui, au
troisième jour de son accouchement, a été déportée avec son bébé.
Les rapatriés sont mis dans des autobus et des camions où ils voyagent
pendant plus de trois heures, entassés comme des animaux. Par exemple, le
14 mai, 50 rapatriés étaient obligés de rester à la base militaire de
Dajabón appelée « Fortaleza Beller » où les militaires ne leur offraient
rien à manger.

La majorité des rapatriés arrive à Ouanaminthe dans la détresse : sales,
en guenille, affamés, assoiffés, humiliés…
Cette expulsion massive d’haïtiens et de dominicains a surpris tout le
monde et a dépassé notre capacité et celle d’autres organisations pour
accueillir les expulsés à Ouanaminthe, une ville qui ne dispose déjà
d’aucune infrastructure ni services de base (eau, électricité, carences
d’aliments et services médicaux précaires). Pour ce, nous avons improvisé
des centres d’hébergement dans la Paroisse, chez les Sœurs « de Saint Jean
Évangéliste » et au Bureau de Solidarite Fwontalye/SJRM.
Cette situation très délicate et sans précédents a eu des conséquences
très alarmantes auxquelles on pouvait s’attendre :
Beaucoup de trafiquants de migrants viennent là où nous recevons des
expulsés pour tenter de les convaincre qu’ils les feront « passer » en
République dominicaine à condition de recevoir de chaque migrant la somme
de 2000 gourdes. Avec le concours des personnes de Ouanaminthe, nous
sommes en train d’identifier ces trafiquants, quoique nous estimions que
plusieurs de ces migrants sont arrivés à être victimes en étant expulsés
une fois de plus ou bien en s’exposant aux représailles des autorités et
de la population dominicaine frontalière qui ne les acceptent pas chez
eux.

Voici les noms de quelques trafiquants que les victimes nous ont
communiqués : Orlando, Vecino, Ti pa, Renaud.
Un nombre considérable d’haïtiens qui ont vécu dans des communautés
dominicaines situées à la frontière Nord sont en train de retourner
volontairement en Haïti et sont victimes de la part des voleurs, des
militaires dominicains, des citoyens dominicains qui leur lancent des
pierres, leur volent tout et les maltraitent.

Le premier jour de cette déportation massive, vendredi 13 mai, 53 expulsés
qui ont été munis de leurs documents légaux (passeport et visa, cédula,
acte de naissance) ont pu retourner en République Dominicaine.
Le troisième jour, dimanche 15 mai, face à la pression constante du
Service Jésuite aux Réfugiés et Migrants, 7 parents de ceux qui ont laissé
leurs enfants en République Dominicaine ont pu entrer en territoire
dominicain pour aller chercher leurs enfants. Ces parents ont été conduits
dans un camion de l’Armée Dominicaine.

Cependant, nonobstant cette possibilité que les autorités militaires et
migratoires dominicaines ont offertes à ces parents et aux rapatriés
légalement documentés, elles sont de jour en jour moins ouvertes à écouter
et à résoudre les cas des dominicains, des haïtiens en règle avec la
migration dominicaine et des parents qui ont besoin de retrouver leurs
enfants.  

Solidarite Fwontalye/SJRM lance un appel à l’État dominicain, en
particulier aux autorités migratoires, pour qu’il:
·        Réalise les opérations de déportation (et non pas d’expulsion)
dans un cadre légal et, en particulier, en accord avec le Protocole
d’entente sur les mécanismes de déportation, signé par les deux
gouvernements le 2 décembre 1999, qui assure le respect et la protection
des droits humains des déportés.
·        Cesse d’expulser dans ces conditions inhumaines et
discriminatoires qui font des victimes tant du côté dominicain que du côté
haïtien.
·        Pense aux conséquences néfastes que ces expulsions illégales sont
en train d’avoir sur les relations entre Haïti et la République
Dominicaine dans toutes ses dimensions et à tous les niveaux. 
De la même façon, Solidarite Fwontalye/SJRM s’indigne de ce que les
autorités haïtiennes se montrent si peu concernées par cette crise
humanitaire à la frontière Nord haïtiano- dominicaine. En effet, nous
demandons à l’État haïtien:
D’être présent sur la frontière pour répondre d’une façon efficace et
immédiate à ces situations critiques, comme celle que nous vivons
actuellement.
D’assumer son rôle d’interlocuteur pour  négocier avec l’État dominicain
et leur rappeler leurs engagements, concrètement, ceux qui ont à avoir
avec les mécanismes de rapatriement, tels qu’ils sont prescrits dans le
Protocole de décembre 1999.
De respecter lui-même les engagements qu’ils avaient pris dans ce
Protocole, par exemple, d’établir des postes de contrôle migratoire dans
les 4 points frontaliers définis dans ce même Protocole (Ouanaminthe-
Dajabón, Belladère- Elías Piña, Malpasse- Jimaní et Anse-à-Pitre - 
Pedernales) afin de recevoir les rapatriés et de contrôler le flux
migratoire des migrants haïtiens irréguliers.

Nous déclarons coupables les deux États pour tous les cas de violations
des droits humains des expulsés haïtiens et dominicains qui sont en train
d’avoir lieu à la frontière Nord haïtiano –dominicaine. Nous leur exigeons
à chacun d’eux de respecter, avant tout, la Constitution de leur pays, les
Accords binationaux et les Traités Internationaux concernant le respect et
la protection des droits de l’Homme que les deux ont signés.

Nous prions les haïtiens de prendre conscience du danger qu’ils courent en
voulant émigrer sans papiers légaux en République Dominicaine. En outre,
nous demandons à tous les haïtiens en général d’être sensibles et
solidaires avec les compatriotes qui sont en train d’être victimes de ces
violations flagrantes de leurs droits fondamentaux.

Nous profitons, du même coup, pour remercier la Communauté des Pères
Oblats de Ouanaminthe, les sœurs de « Saint Jean l’Évangéliste », les
sœurs de « Saint François d’Assise », la MINUSTAH, la Croix Rouge
Haïtienne, Batay Ouvriye, la Police Nationale d’Haïti, le Groupe des
Jeunes Ouvriers et le Réseau Binational Jeannot Succès des Droits de
l’Homme, pour leur appui qui a été d’une grande importance en termes de
soins médicaux, d’accueil, d’accompagnement et de sécurité en faveur des
expulsés.

Nous tenons également à remercier le directeur des Affaires Sociales de
Ouanaminthe et la Mairie de Ouanaminthe pour leur soutien moral.[16-05-05]




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