[comgarr] Plus de 400 haïtiens rapatriés après l'assassinat d'une dominica ine
info at garr-haiti.org
info at garr-haiti.org
Mar 24 Oct 10:40:49 EDT 2006
Plus de 400 haïtiens rapatriés après l'assassinat d'une dominicaine
Port-au-Prince, 11 mai 2005. Des centaines de ressortissants haïtiens ont
été forcés, depuis le début de la semaine, de quitter plusieurs localités
proches de Montecristi (zone nord de la République Dominicaine), afin
d’échapper à la furie de Dominicains, armés de fusils, de revolvers, de
bâtons et de machettes. Ces derniers voulaient se venger de la mort d’une
compatriote, Maritza Nunez, 24 ans, commerçante, assassinée à Hatillo
Palma (Montecristi), à coup de machettes à l’aube du lundi 9 mai 2005 et
de l’agression contre son époux, gravement blessé au cours de la même
attaque.
Des Haïtiens ont été accusés d’être les auteurs de ces actes criminels,
mais aucune enquête policière n’a encore nommément révélé les coupables.
Trois Haïtiens voisins des Dominicains agressés ont été arrêtés et sont en
train d’être interrogés par la police locale.
Pour éviter d’être lynchés, de nombreux haïtiens ont dû se réfugier dans
le poste de police le plus proche. Aidés de responsables de la mairie de
Hatillo Palma, des militaires et des policiers ont embarqué et emmené à la
frontière la plupart des ressortissants haïtiens rencontrés dans cette
communauté. Certains d’entre eux y vivaient depuis plus de dix ans où y
travaillaient légalement comme ouvriers agricoles. Des militaires
dominicains ont également profité de cette situation de tension pour
arrêter et expulser de nombreux haïtiens trouvés, non loin de la zone
frontalière. D’autres ressortissants, se sentant menacés ont
volontairement regagné Haïti.
Les Haïtiens qui vivaient dans le voisinage de la famille dominicaine
agressée ont vu leurs maisons brûlées avec tous les biens qui s’y
trouvaient. Les autres ont dû partir sans pouvoir rien emporter. Des
scènes de « dechoukay », où des résidences d’Haïtiens ont été vidées et
leur contenu (meubles, équipements électroménagers, etc.) incendié,
étaient montrées à la télévision. Selon les témoignages recueillis auprès
d’institutions travaillant dans la région, dans l’après-midi du mardi 10
mai, des camions transportant quelques biens appartenant aux personnes
expulsées ont été remarqués à la frontière de Dajabon.
Selon ces mêmes sources, aucune forme d’animosité de Dominicains envers
les Haïtiens n’avait été observée, les jours précédents. Cependant, des
cas répétés de vol dans plusieurs localités de la zone frontalière ont été
attribués aux Haïtiens.
Les représailles exercées contre des Haïtiens, suite à ce malheureux
incident, et le rapatriement forcé de plusieurs centaines d’entre eux, ont
été sévèrement critiqués par divers secteurs. Dans une déclaration à la
presse le 10 mai 2005, le directeur du Service Jésuite aux Réfugiés et
Migrants, le Père Jose Nunez, a mis en garde les Dominicains contre ces
manifestations de xénophobie (haine de l’étranger) vis-à-vis des
Haïtiens : «Avec les agressions contre les migrants haïtiens de
Montecristi, nous sommes en train de justifier aux yeux du monde,
l’agression dont a été victime des ressortissants dominicains en Espagne
après la mort d’un jeune Espagnol, le 2 mai 2005 ».
Selon le Père Nunez, « ces expressions d’intolérance sont le produit
d’une campagne anti-haïtienne et raciste orchestrée par des secteurs de
pouvoir et qui traduit une double morale : d’un côté, ils considèrent la
présence haïtienne comme un danger, d’un autre, ces mêmes secteurs
utilisent cette présence dans diverses branches de l’économie, qui sans la
participation haïtienne, seraient paralysées ».
Le GARR condamne les pressions exercées contre toute une communauté
haïtienne vivant dans la région de Montecristi, ainsi que l’expulsion
massive qui s’en est suivie, sur un simple soupçon de participation à un
meurtre d’une ressortissante dominicaine. Le GARR déplore également la
répétition, ces derniers mois, de plusieurs incidents graves entre
Haïtiens et Dominicains qui se sont soldés par des morts et des blessés
non loin de la frontière.
Le GARR demande que toute la lumière soit faite autour de ces incidents
malheureux afin que les coupables soient punis et que les victimes
obtiennent réparation.
A la veille d’une grande rencontre binationale annoncée par les officiels
haïtiens et dominicains, au cours de laquelle le thème de la migration
sera abordé, le GARR exhorte les responsables politiques de l’île à créer
un cadre de concertation pour que de tels abus ne se répètent. Il importe
que des incidents malheureux, comme l’assassinat crapuleux de cette jeune
commerçante dominicaine, ne soient plus utilisés comme prétextes à des
expulsions brutales qui décapitalisent et appauvrissent à chaque fois les
travailleurs migrants haïtiens.[11-05-05]
Plus d'informations sur la liste de diffusion comgarr