[comgarr] Annonce de fermeture de la zone franche de Ouanaminthe

info at garr-haiti.org info at garr-haiti.org
Lun 23 Oct 15:08:28 EDT 2006


Annonce de fermeture de la zone franche de Ouanaminthe

P-au-P, 21 juin 2004- Le 9 juin 2004, la direction du Groupe M a annoncé
aux médias de la République Dominicaine, le renvoi de 700 ouvriers
haïtiens de la zone franche de Ouanaminthe et parallèlement aussi, la
fermeture de l’usine. 

Cette décision arrêtée par la direction de l’usine marque l’aboutissement
de nombreux conflits qui ont toujours existé entre les employés de l’usine
et les dirigeants depuis le démarrage des travaux en août 2003. Le premier
conflit enregistré date peu avant cette période où les gouvernements
haïtien et dominicain avaient choisi les terres cultivables de la plaine
de Maribahoux pour l’emplacement du projet zone franche qui, selon les
paysans, donnerait lieu à davantage de famine et de misère dans leur
milieu.  

Avec l’aggravation de la crise politique entourant la période de départ de
l’ancien président Jean-Bertrand Aristide, la situation s’est
considérablement détériorée dans la zone franche de Ouanaminthe. En mars
2004, 34 ouvriers avaient été renvoyés de l’usine ; au milieu du mois de
mai, ils ont repris leur travail suite à des négociations entre certains
ouvriers et des membres de la direction de l’usine. Mais quelques jours
plus tard, un arrêt de travail symbolique d’une heure, avait été observé
par ce même groupe, suite à des troubles en date du 4 juin 2004.  
Selon les déclarations des ouvriers de la zone franche rapportées dans une
note de presse par la Solidaridad Fronteriza/Solidarite Fwontalyè, le 4
juin 2004, à l’heure de la sortie, des gardes dominicains siégeant dans la
zone franche ont attaqué violemment un groupe de travailleurs qui
protestaient contre des abus commis par des soldats dominicains à
l’endroit d’un jeune ouvrier à qui ils ont arraché la chemise, le laissant
avec ses sous-vêtements et l’humiliant publiquement. Ces ouvriers
voulaient s’enquérir également au sujet d’un éventuel renvoi de 12
camarades que les gardes dominicains auraient bousculé en usant de leurs
armes, en les frappant et en les insultant. Parmi ces ouvriers, il y avait
selon de nombreux témoins, une femme enceinte qui, poussée au milieu de la
bastonnade, a été fortement maltraitée. 

Immédiatement après cet incident, les membres du Sendika Ouvriye Kodevi
Wanament (SOKOWA), ont invité tous les ouvriers à prendre part à un
mouvement de grève, le 7 juin, non seulement pour exiger l’amélioration de
leur condition de travail, mais encore, pour protester contre la présence
des forces armées dominicaines dans l’usine, et contre les nombreuses
violences dont certains ouvriers ont été victimes à plusieurs reprises. 
Les travailleurs ont quand même décidé de reprendre leur travail le jour
suivant, le 8 juin, après que la direction de la zone franche ait
manifesté des dispositions de négociation. Mais lorsque les ouvriers se
sont présentés le jour convenu, les portes de l’usine sont restées
fermées. Et le 9 juin, soit un jour après, les dirigeants du Groupe M ont
annoncé à travers les médias de la République Dominicaine, la fermeture de
l’usine, une décision  qu’ils mettent sur le compte des actions
revendicatives du groupe « Batay Ouvriye », qu’ils qualifient
d’activistes. 

A rappeler, depuis plusieurs mois, des organisations de Droits Humains qui
assistent à l’évolution de la situation dans cette zone franche, ont sans
cesse manifesté leurs inquiétudes par rapport, notamment, à l’utilisation
des soldats dominicains dans la résolution des conflits entre les ouvriers
et la direction de l’usine. Elles ont enregistré, depuis août 2003 de
nombreux cas de violation tels : séquestrations d’employés, bastonnades,
révocations arbitraires, violences verbales. Les soldats préposés à ces
fins sont intervenus plusieurs fois à coups de fusils et de bâtons pour
vaincre la résistance des ouvriers dont les principales revendications ont
consisté pour la plupart, en de meilleures conditions de travail, la
possibilité d’avoir une couverture médicale et de pouvoir aussi, librement
et sans crainte, se réunir en syndicat.
 
Cette factorie du Groupe M est une usine confectionnant des vêtements
américains de la marque Levi’s. Son installation dans la plaine de
Maribahoux a représenté le début d’un vaste projet d’implantation de
plusieurs zones franches dans divers endroits du pays au moyen d’accords
contractés avec l’État Haïtien, mais non rendus public. En effet,
l’opinion publique nationale et internationale n’a jamais été tenue
informée des clauses de l’accord entre les autorités des deux pays pour
l’installation de la zone franche à Ouanaminthe, particulièrement en ce
qui concerne la présence de soldats dominicains à l’intérieur de cette
zone franche, qui se trouve pourtant en territoire haïtien. Les actes de
violation enregistrés dans la zone franche de Maribahoux sont restés
jusqu’à présent, impunis et totalement absents de l’agenda du gouvernement
haïtien. 

Le GARR, la Solidaridad Fronteriza/Solidarite Fwontalyè qui suivent de
près la situation affirment, une fois de plus, leur support aux ouvriers
de la zone franche dans leur lutte pour le respect des Droits des
Travailleurs. Ces organisations, œuvrant pour le respect des Droits de la
personne, profitent également de cette période de transition que connaît
le pays, pour inviter les nouveaux dirigeants de ce gouvernement à se
pencher sérieusement sur les conditions d’installation de la zone franche
à Ouanaminthe.[21-06-04]




Plus d'informations sur la liste de diffusion comgarr