[comgarr] Quatre ans après, les victimes du massacre de Guayubin attendent encore justice

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Lun 23 Oct 15:06:52 EDT 2006


Quatre ans après, les victimes du massacre de Guayubin attendent encore
justice

P-au-P, 17 juin 2004- Le 18 juin 2000, six compatriotes haïtiens et un
ressortissant dominicain ont trouvé la mort sous les balles assassines des
membres de l’armée dominicaine à Guayubin, localité située au Nord de la
République Dominicaine. 18 juin 2004, quatre ans plus tard, le dossier du
massacre de Guayubin tarde encore d’avancer malgré les promesses faites
par les autorités des deux pays. Le GARR, le SANT PON AYITI, la NCHR,
trois institutions qui s’impliquent  dans l’affaire, expriment leur
inquiétude face aux pratiques dilatoires faites autour de ce dossier.
Elles espèrent, en cette année du bicentenaire d’Haïti que justice et
dédommagement soient accordés, non seulement aux victimes de ce massacre,
mais encore à d’autres, touchées par de nombreux autres cas d’assassinats
survenus durant ces dernières années sur la frontière haïtiano-dominicaine
et restés jusqu’à présent, impunis. 

Les poursuites judiciaires enclenchées depuis l’année 2000 pour réparation
et justice en faveur des victimes du massacre de Guayubin ont été menées
par un comité de suivi constitué d’organisations travaillant dans la lutte
pour le respect des Droits Humains notamment le GARR, la NCHR et le SANT
PON AYITI. Ces institutions ont eu le support de nombreuses autres
organisations tant haïtiennes que dominicaines pour la mise en marche du
processus judiciaire qui malheureusement, quatre ans plus tard, n’abouti
pas encore.
 
Après l’annonce de ce massacre en l’année 2000 dans les presses haïtiennes
et dominicaines, les réactions ont fusés des deux côtés de l’île. Le
gouvernement haïtien mit cependant huit jours avant de camper une
commission d’enquête sur l’affaire. Le gouvernement dominicain ainsi que
l’armée de ce pays ont, pour leur part, donné aux victimes l’assurance de
poursuivre les militaires impliqués dans l’affaire- Felison Lagranje
Vargas, Juan Camacho, Bernaldo Nuris et Santiago Tolentino -. Mais près de
quatre  ans après le massacre, l’affaire est au point mort des deux cotés
de la frontière. Les autorités des deux pays n’ont jusqu’à ce jour publié
aucun des deux résultats des commissions d'enquête instituées en Haïti et
en République Dominicaine. 

Le GARR, le SANT PON AYITI et la NCHR accentuent sur le fait que les
autorités haïtiennes n’ont fait aucun cas de la demande des parents des
victimes qui réclamaient l’aide du gouvernement haïtien pour la
documentation et les frais ayant trait à leur participation dans les
poursuites judiciaires. Les enfants, maintenant  orphelins, qui étaient à
la charge des disparus n’ont reçu aucun support de l’Etat. Du coté
dominicain, les procès ont été plusieurs fois renvoyés pour des motif peu
valables du point de vue judiciaire. Des manœuvres telles, changer
brusquement la date de l’audience, ou encore, la reporter pour un autre
lieu que celui prévu sont continuellement utilisées aux fins d’écarter les
témoins et de renvoyer sans cesse un procès qui, espère-t-on, finira par
lasser plus d’un. La dernière audience prévue pour le mois d’octobre 2003
n’a jamais eu lieu. 

Entre temps, de nombreux autres cas d’assassinats ont été enregistrés ;
celui de Jeannot Succès(13 aout 2000), de Dieuseul Siméat(26 novembre
2000), d’Elie Jean Baptiste(16 mars 2001), d’Abdon Doresca(15 janvier
2002), de Blanco Célisse, assassiné puis brûlé à Limon dans la nuit du 20
au 21 février 2002. Ces crimes restés impunis ont traîné après eux, de
nombreux autres et sous diverses formes sans que les deux États se sentent
impliqués pour l’établissement d’un climat de paix et de justice entre les
deux peuples.  

En Juillet 2003, une jeune femme haïtienne, Sonia Innocent, assista à la
mort de ses deux filles et de sa cousine dans une localité non loin de
Pédernales. Un mois plus tard, les autorités dominicaines ont découvert
environ 14 cadavres d’haïtiens dans cette même localité et le procureur
Dominicain Victor Cespedes Martinez conseillait, en même temps, de mener
une enquête sur l’existence d’une fosse commune où auraient été enterrés
plusieurs autres cadavres. 

Le GARR, le SANT PON AYITI et la NCHR s’inquiètent vivement de l’impunité
qui marquent les relations entre les deux pays. A l’occasion de ce
quatrième anniversaire du massacre de Guayubin, ces institutions
manifestent une fois de plus leur désir de voir l’opinion publique
nationale et internationale se pencher sur ces cas d’assassinats,
notamment le massacre de Guayubin, pour que justice soit faite aux parents
des victimes. 

Le GARR, le SANT PON et la NCHR insistent également sur le fait que
l’établissement de bons rapports entre les deux pays n’est guère possible
si l’on ne fait aucun cas des nombreux actes de violation des droits de la
personne commis le long de la frontière. Ce comité de suivi renouvelle son
engagement de voir l’affaire Guayubin arrivée à terme et les parents des
victimes obtenir justice et dédommagement. Il profite, en ce sens, de
cette période de transition que connaît le pays, pour acheminer le dossier
par-devant les nouveaux membres du gouvernement haïtien pour le suivi de
l’affaire et d’avoir recours au possible auprès de la Cour Interaméricaine
de Justice. [17-06-04]  




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