[comgarr] Des travailleurs haïtiens en République Dominicaine en marge de toute p rotection du Code du Travail

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Lun 23 Oct 14:51:27 EDT 2006


Des travailleurs haïtiens en République Dominicaine en marge de toute
protection du Code du Travail

P-au-P, 12 avril 2004- Les travailleurs migrants haïtiens dans la région
Enriquillo de la République Dominicaine, font face à de terribles
violations des droits de la Personne et du Travail. Les observations des
Organisations de Droits Humains établies dans cette partie du pays voisin
donnent le témoignage de travailleurs soumis à de rudes conditions de
travail, sans aucun contrat formel avec les employeurs. Des violences
physiques aux violences morales et verbales, en passant par leur condition
infra-humaine d’existence, les migrants haïtiens dans la région Enriquillo
vivent en marge totale des lois et principes établis par le Code du
travail. 

Les ouvriers haïtiens, dans cette région de la République Dominicaine, se
font embaucher sans aucune protection prévue par le Code du Travail. En
effet, selon le constat de certaines Organisations de Droits Humains, il
n’existe aucune relation contractuelle formelle entre le patron et
l’ouvrier qui s’adonne à son travail en dehors des principes établis par
le code du travail. Cette situation est à la faveur du patron dominicain
qui se détache ainsi de toute responsabilité à l’égard de l’ouvrier.
Les insultes, les tromperies et la brutalité physique, représentent le lot
des nombreux braceros établis dans la région Enriquillo, rapporte certains
observateurs. Le 7 juin 2003, des Organisations de Droits Humains ont
enregistré le cas de Gilbert Fauvert qui a été brutalement blessé avec une
machette, par un superviseur dominicain. Ce dernier lui a reproché de
s’être assis à ses cotés, vêtu de sa robe de travail et sans avoir pris
son bain. Il y a eu également, le 26 mai 2003, le cas de Fritzner Maché 
qui fut attaqué, lui aussi, à coup de machettes par un dominicain de
l’usine, Jose Manzanito. Il a eu la vie sauve grâce à l’intervention de
ses compagnons. 

Sur le plan de la rémunération, la différence de salaire entre un
travailleur haïtien et un travailleur dominicain est très remarquable,
constate les Organisations de Droits Humains. A l’institut national de
coton, INDA (Instituto Nacional de Algodon), l’ouvrier dominicain touche
125 pesos. Il bénéficie également du droit d’être nourri par l’usine.
L’Haïtien, pour sa part, reçoit 100 pesos pour la même quantité de travail
fourni et sans aucun service supplémentaire.  

Dans les plantations de café, c’est le même scénario ; le travailleur
haïtien reçoit 50 pesos par jour tandis que le dominicain, 125 jusqu’à 200
pesos. Dans le domaine de la construction, le maçon haïtien perçoit 200
pesos et le Dominicain, entre 400 à 500 pesos. 

Les conditions sanitaires des travailleurs haïtiens représentent une autre
source d’inquiétudes de nombreuses organisations de Droits Humains. Ces
ouvriers attachés à la culture de la canne, du café et du coton s’adonnent
à leur travail sans aucun vêtement pour les protéger contre le froid des
champs, les piqûres des insectes, les plaies et les maladies.
Ils dorment, le plus souvent, dans des baraques fragiles construites  par
les propriétaires des champs et où les conditions d’hygiène et de santé
brillent par leur absence. Il n’y a pas d’électricité, ni de toilettes
disponibles pour les travailleurs. Les braceros haïtiens réalisent leurs
besoins physiologiques dans la cour de leur baraque, dans les champs de
canne ou dans des lieux proches des montagnes, et des sentiers abrupts.
En outre, l’eau potable est inexistante ; exception faite pour les
braceros travaillant dans les zones caféières, les autres ouvriers
consomment, le plus souvent l’eau contaminée des canaux et des
gouttières. 
Cette situation détériore la santé des migrants haïtiens et constitue un
risque permanent à leur vie. 

Ces travailleurs haïtiens qui vivent de manière irrégulière sur le
territoire dominicain, ne peuvent malheureusement pas mener des mouvements
de protestation par crainte d’être livrés aux autorités dominicaines. Les
employeurs profitent de cette situation et abusent sans conteste de leur
vulnérabilité, par des actes de tromperie délibérés à leur égard.   
Les institutions observatrices de ces cas de violation telles, le Centre
d’Éducation et d’Assistance Juridique (CEAJURI), la Pastorale Haïtienne de
Barahona, font remarquer que le travail des Haïtiens dans la région
Enriquillo s’effectue en total désaccord avec le Code de Travail de la
République Dominicaine ainsi que les principes prévus par la Constitution
de ce pays. Elles enfreignent également la Charte de l’ONU et de l’OEA,
ainsi que les résolutions de la OIT.  

Dans un document qui résume la situation des travailleurs haïtiens dans la
région Enriquillo, le Centre d’Éducation et d’Assistance Juridique
(CEAJURI), la Pastorale Haïtienne de Barahona et Me Pedro Cuevas proposent
que soient mis sur pied des structures d’orientation et d’informations
destinées aux travailleurs migrants, afin que même en situation
irrégulière, ils puissent exiger de leurs employeurs le respect des
formalités prévues par le Code du Travail. Ces structures doivent
également inciter les patrons dominicains à établir des contrats formels
avec les travailleurs migrants. 

Le Centre d’Éducation et d’Assistance Juridique (CEAJURI) et la Pastorale
Haïtienne de Barahona proposent en outre, l’élaboration, entre les deux
États, de protocoles d’accords qui donnent ouverture sur les services de
santé et d’éducation dans les camps de travail. 




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