[comgarr] Chasse aux noirs dans la province de Neyba en République Dominicaine
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Lun 23 Oct 13:34:24 EDT 2006
Chasse aux noirs dans la province de Neyba en République Dominicaine
Par Ronald Colbert
Port-au-Prince, 07 mars. 03 [AlterPresse] --- Des militaires dominicains
ont procédé le mercredi 5 mars 2003, à une véritable razzia contre des
centaines de personnes à la peau noire au marché de Neyba, dans le sud de
la République Dominicaine.
« Après avoir investi des maisons et des plantations, les militaires de
Neyba ont appréhendé environ 300 personnes à la peau noire, parmi
lesquelles un groupe de 40 a été refoulé en direction de la frontière
Jimani / Malpasse, sous prétexte que ces personnes seraient de nationalité
haïtienne », a indiqué à AlterPresse le révérend père Pierre Ruquoy, de la
pastorale des bateyes (champs de canne-à-sucre) de la région Sud du
territoire dominicain. Le prêtre rapportait les déclarations de nombreuses
victimes de l’opération militaire.
Plusieurs, parmi les 40 personnes conduites à Malpasse, ont pu rejoindre
leurs résidences, en territoire dominicain, fort tard (au-delà de 9 :00
pm) dans la soirée du mercredi 5 mars, non sans avoir payé de fortes
sommes d’argent à des chauffeurs. 8 d’entre elles sont nées au Batey
Santana ; 3 au Batey Trois ; 2 au Batey Deux ; 1 au Batey Cinq et 1 au
Batey Un, selon les premières informations recueillies par la pastorale
des bateyes.
« C’est la première fois que j’ai foulé la ville frontalière de Jimani. Il
en a été de même pour de nombreuses autres personnes. Nous nous étions
rendues au marché de Neyba pour vendre des marchandises », a expliqué
Alibia Anderson, née le 3 avril 1953 en République Dominicaine et
détentrice de la carte d’identité (cedula) 076-0010653-3.
Au cours de l’opération du 5 mars, beaucoup de personnes arrêtées et
conduites à la forteresse de Neyba par les militaires dominicains ont
perdu leurs marchandises constituées, entre autres, de bonbons et de
denrées alimentaires, comme des sacs de patate douce, d’oignons,
d’aubergine et d’avocats. Les victimes évaluent les pertes subies à lors
de cette opération à des milliers de pesos (NDLR : au début du mois de
mars 2003, il fallait 2.45 pesos dominicains pour 5 gourdes à la frontière
Malpaso / Malpasse).
Les militaires dominicains n’ont libéré certaines des personnes
appréhendées qu’après présentation, par des parents des victimes, de la
carte d’identité de ces dernières, suivant les mêmes sources.
« Nous ne sommes pas au courant de cette opération conduite par l’Armée de
Neyba. Si jamais, des ressortissants dominicains ont été expulsés vers le
territoire haïtien, nous prendrons les dispositions de réparation
nécessaires », a fait savoir Salvador Mendez, un des responsables de
l’Office de Migration basé à Santo Domingo, contacté par la pastorale des
bateyes du Sud.
La plupart des personnes arrêtées dans le cadre de cette « chasse aux
noirs », perpétrée par l’Armée dominicaine à Neyba le 5 mars 2003, sont
des descendants de 2ème et 3ème génération de ressortissants de la
République d’Haïti, n’ayant jamais vécu ni visité le territoire haïtien.
En outre, la loi dominicaine n’exige pas, aux ressortissants de ce pays,
la possession d’une carte d’identification pour pouvoir circuler en tous
points du territoire dominicain, a précisé à AlterPresse la pastorale des
bateyes du Sud.
Cette « chasse de noirs » sur le territoire dominicain est survenue dans
un contexte où la Police Nationale d’Haïti (PNH) vient de dénoncer la
fuite d’un groupe d’hommes armés (dits « anciens militaires ») à des
points frontaliers du Centre d’Haïti avec la République Dominicaine.
A signaler qu’à l’approche de chaque période de zafra (récolte de
canne-à-sucre utilisant la force de travail de ressortissants haïtiens et
de descendants d’Haïtiens), les autorités dominicaines procèdent à des
opérations de razzias similaires de personnes « à la peau noire ». La
prochaine zafra ne devait pas avoir lieu avant le mois de mai 2003, a
appris AlterPresse.
De telles opérations de refoulement participent d’une politique des
autorités voisines visant à renouveler régulièrement la main-d’œuvre
ancienne (qualifiée de « viejos ») dans la coupe de la canne-à-sucre et
susciter moins de revendications "laborales" chez les nouveaux venus
(appelés « congos ») à chaque saison sucrière, selon les conclusions de
différentes enquêtes menées par des organismes de défense de droits
humains. [rc apr 07/03/03 21 :30
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