[comgarr] Sur les traces des Braceros : Les grandes lignes des résultats d’une enquête sur le trafic de main d’œuvre haitienne vers la République Dominicain

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Lun 23 Oct 13:27:36 EDT 2006


Sur les traces des Braceros : Les grandes lignes des résultats d’une
enquête sur le trafic de main d’œuvre haitienne vers la République
Dominicain

Cette étude paru en 2002 sous le titre original, « Tras las huellas de los
braceros » a été rendue disponible en langue française en juin 2003 sous
le titre, « Sur les traces des braceros ». L’enquête a touché un nombre de
815 coupeurs de canne à sucre qui participaient à la zafra de 2001.  Elle
a porté sur le profil socio-économique des braceros, leurs conditions
d’embauchage, de traversée de la frontière, les conditions de vie et de
travail dans les bateys.

Dans  ce qui suit, sont présentées quelques données tirées des résultats
de cette enquête.
1.        Jusqu’à aujourd’hui(2001), malgré un taux de chômage très
important dans les bateys, chaque année on continue à faire venir de la
main-d’œuvre d’Haïti pour couper la canne.  Sur 815 braceros interviewés,
680 venaient d’Haïti.
2.        Chaque année, de plus en plus d’Haïtiens profitent des moments
d’embauchage pour entrer en République Dominicaine.  35% des personnes
recrutées pour la zafra ayant fait l’objet de l’étude se rendaient pour la
première fois en République Dominicaine.
3.        Les recrutements se font sans réclamation ni délivrance de
papier d’identité.  Sur les 680 personnes en provenance d’Haïti, seulement
10 étaient munies d’un passeport. Seul un passeport avait un visa d’entrée
qui, malheureusement, n’était plus valide.
4.        Contrairement à l’opinion répandue en République Dominicaine
faisant croire qu’il est difficile d’octroyer des documents aux Haïtiens,
parce qu’ils n’en posséderaient pas depuis chez eux, 664 des 680 des
braseros provenant d’Haïti affirment détenir un document quelconque
pouvant les identifier(carte d’identité, carte de leur église ou de leur
groupe), etc.  Cependant, ils n’ont pas pris ces documents avec eux, parce
que ne jugeant pas cela nécessaire.
5.        Les braceros sont très jeunes.  58% d’entre eux ont entre 10 et
35 ans. Cela signifie que des mineurs intègrent aussi la zafra. De même,
on a rencontré quelques vieux relativement très âgés.
6.        La majorité des recrutés sont des agriculteurs(80%).  En grande
partie, ils ne savent ni lire, ni écrire (61% de l’échantillon).
7.        Les recrutés viennent de partout en Haïti.  Cependant, on a noté
un fort pourcentage provenant du Sud-Est du pays.
8.          La raison fondamentale avancée pour abandonner le pays est
d’ordre économique.  Les gens ont besoin d’une activité qui leur permette
d’acquérir un certain revenu. Ils ont perdu espoir dans leur pays où la
productivité agricole baisse considérablement.
9.          Quelques personnes ont décidé d’abandonner le pays en se
faisant embaucher pour échapper à la violence ou à la répression. 
D’autres voyagent pour des raisons sociales (visite de leurs familles).
Certains combinent les trois raisons.
10.       Les gens ne pénètrent pas en République Dominicaine aussi
aisément qu’on le croit.  57% l’ont été à travers des buscones
(trafiquants).  Le reste avec l’aide d’amis ou de membres de leur famille.
Dans 75% des cas, ils arrivent tous à un point de la frontière où se font
les recrutements.  La quantité de gens qui arrivent sans passer par cette
voie est très faible.
11.       Ce trafic s’opère clandestinement, dans des points retirés, non
officiels de la frontière.  Haïti ferme les yeux et laisse faire. La
République Dominicaine se rend complice en tolérant un réseau incluant les
usines, les grands planteurs et les trafiquants dominicains et haïtiens.
Ces derniers vont dans les montagnes haïtiennes pour motiver les gens à
partir. Les points de recrutement le plus cités pour la zone Sud sont
Puerto Escondido et Nan Polo.
12.       Sur toute la chaîne, de fortes sommes d’argent sont payées par
les candidats à l´émigration en République Dominicaine.  Il s’agit là d’un
commerce lucratif qui rapporte gros à des Haïtiens et des Dominicains.
13.       Généralement, les voyages sont réalisés la nuit, dans des
conditions ne respectant pas la dignité humaine. Parfois, les candidats à
l’embauchage doivent passer plusieurs nuits dans les bois, en attendant
l’arrivée du camion qui viendra les chercher.
14.       Les habitants installés dans les bateys n’aiment pas ce
mouvement qui leur ôtent la possibilité d’emplois mieux rémunérés et qui
bouleverse leur existence avec l’arrivée constante de nouvelles personnes
dans leur communauté.
15.       Les braceros de l’usine sucrière de Barahona ne sont pas
satisfaits de leurs conditions de travail :  bas salaires, nourriture
mauvaise, logement peu décent, etc.  Pour 2001, les travailleurs
recevaient moins de 40 pesos pour une journée de travail, alors que le
salaire minimum à ce moment pour le secteur agricole était fixé entre 80
et 100 pesos.
16.       Les braceros ont affirmé dans l’enquête avoir subi de mauvais
traitements de la part des gardes champêtres :  coups, injures graves,
etc.
17.       La majorité d’entre eux souhaitent revenir en Haïti. Certains
ont abandonné la zafra, avant même la fin de la récolte, pour s’insérer
dans d’autres branches de l´économie, ou tout bonnement pour retourner
chez eux. Ceux qui affirment vouloir rester avancent comme argument
l’impossibilité de rembourser des dettes contractées pour payer le voyage.
18.       La Communication avec leur famille demeure une grande
préoccupation pour les braceros qui vivent isolés.
19.       En guise de recommandations, ils proposent aux deux Etats de
régulariser les embauches en ne tolérant pas l’action des trafiquants qui
mettent en danger la vie des gens.  Ils réclament également une
amélioration dans les conditions de travail, notamment dans les salaires
et le logement.

"Sur les traces des braceros" est disponible au local du GARR (13, 1ère
ruelle rivière, Port-au-Prince, Haïti) et dans les grandes librairies de
Port-au-Prince.




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