[comgarr] Voeux des bateys

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Lun 23 Oct 13:00:17 EDT 2006


Voeux des bateys  
PAR  PEDRO RUQUOY

Je vous annonce  une grande joie, une joie pour le peuple tout entier: Il
est né un Sauveur qui est le Christ.  Aujourd'hui est né le fils de Dieu;
il est né dans l'endroit  le plus méprisé et le plus marginalisé du monde;
il est né dans un batey.  Et la communauté lui a préparé un joli berceau,
un berceau à 4 pieds.

Le premier pied s'appelle ESPOIR. L'espoir qui brillait dans les yeux des
habitants du batey " Los Robles" en ce dimanche 24 novembre 2002 quand ils
se réunirent à la lisière des terres reprises à l'usine sucrière de
Barahona pour fêter ce triomphe avec la bénédiction de la première mise en
terre de plants de bananiers et par le baptême d'une soixantaine de fils
et filles du peuple.  L'espoir de centaines d'enfants et de jeunes,
descendants de ressortissants haïtiens qui, soudain, entrevoient la
possibilité  d'accès à un document légal qui leur permette de jouir de
tous les droits comme n'importe quel enfant de cette terre quisquéyenne. 
L'espoir de Demetrio, Silverio, Eduardo et des douzaines d'autres jeunes
du Batey 5 qui anoncèrent partout, qu'ils avaient réussi et qu'enfin, le
camion de la Mairie était disposé à ramasser  les ordures du batey, une
fois par semaine.

Le deuxième pied du berceau divin a pour non LA FOI : la foi de Tina, une
haïtienne qui, chaque dimanche, demande au Seigneur des pauvres : de
recueillir sous son manteau, le monde entier ; la foi de Juanito, le
vendeur de charbon qui descend de son âne en passant devant la tonnelle où
se dit la messe, et qui se met à danser au rythme du tambour tandis que la
Communauté chante le " Magnificat"; la foi de Dieudonné, le vieux messager
qui passa plusieurs jours à faire des tournées dans les bateys pour
receuillir de l'argent pour les missions.

Le troisième pied de cet humble berceau est la SOLIDARITE ou l'AMOUR: la
solidarité de la communauté du batey 9 qui, en pleine nuit, réunit les
fonds nécessaires pour emmener à l'hôpital de Barahona, un coupeur de
canne avec une mauvaise blessure; l'amour de Cristóbal, un jeune haïtien
de 17 ans qui assumait tout seul la charge de son jeune frère de 9 ans
parce que leur père les avait abandonnés et leur mère était décédée;
l'amour de Cherry qui a cheminé à pied, durant plusieurs jours, dans les
montagnes pour retrouver sa fiancée Dona en dépit du fait qu'elle l'avait
trompé.

Le quatrième pied ressemble au roseau : il plie mais ne rompt pas; il
s'appelle RESISTANCE : la résistance de la communauté du batey Santana
qui, à la fin du mois de novembre, fut sauvagement réprimée par la police
qui était à la recherche d'une bande de délinquants; la résistance de
Laurent, un vieillard de 110 ans qui, malgré les coups, les insultes et
les humiliations de toutes sortes, a pu garder sa dignité et son orgueil
d'être haïtien; la résistance de milliers de Dominicains d'ascendance
haïtienne qui, en dépit de la constante marginalisation continuent de
revendiquer leur droit à la nationalité dominicaine et vibrent ensemble
pour une nation plus juste et fraternelle.

Ce berceau de 4 pieds est de chair et d'os; il est formé par la communauté
des bateys: frappée mais pleine de vie, humiliée mais chaque fois plus
noble; réprimée mais non desespérée.  Et, les mains ouvertes, ce berceau
humain attend que le Père, avec beaucoup de délicatesse et de tendresse y
dépose son fils nouveau-né. Il n'y a aucun doute que cet enfant-Dieu
ressemble à tous les enfants d'ici: noir comme le charbon qui est l'unique
source de vie de beaucoup de femmes du batey; avec les yeux lumineux comme
les étoiles qui dansent dans les nuits obscures du sud-ouest et avec un
cœur généreux et doux comme la canne verte de l'usine. Dieu révèle son
amour infini à travers la faiblesse humaine, à travers les oubliés de ce
monde, à travers les méprisés et marginalisés.

Quand ce berceau de batey recevra son trésor divin, il l'offrira au monde
entier car il aura une nouvelle opportunité de se transformer au sein de
la grande famille divine, libérée de toutes ses chaînes et réunie autour
du même plat, partageant la même soupe et dansant une éternelle bachata
sans frontière sous l'immense palmier de l'humanité.

Ils viennent en courant au batey; dans les chaumières délabrées et dans
les baraques, ils découvriront le tendre fils de Dieu et personne ne
pourra leur dérober leur joie. " Aujourd'hui, dans les bateys du
Sud-Ouest, est né un Sauveur qui est le Christ"; et ceci leur servira de
signal:  ils rencontreront un petit enfant noir couché dans un berceau
humain avec l'espérance, la foi, l'amour et la résistance de l'un des
peuples les plus meurtris de cette terre ….Feliz Navidad desde los Bateyes
del Suroeste!    
(Traduit de l'espagnol par le GARR)  




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