[comgarr] Près de 3000 enfants haïtiens victimes d'un trafic ver s la République Dominicaine
info at garr-haiti.org
info at garr-haiti.org
Lun 23 Oct 10:45:31 EDT 2006
Près de 3000 enfants haïtiens victimes d'un trafic vers la République
Dominicaine
Par Colette Lespinasse, www.garrhaiti.org
P-au-P., 11 août. 02 [AlterPresse] --- Une enquête de l'Organisation
Internationale de la Migration (OIM) et du Fond des Nations Unies pour
l'Enfance (UNICEF) révèle un trafic d'enfants haïtiens vers la République
Dominicaine. Entre 2000 et 3000 enfants sont victimes de ce trafic chaque
année, selon les estimations.
Les résultats de cette enquête ont été présentés le 9 août 2002 à Santiago
de Los Caballeros, au nord de la République Dominicaine. La cérémonie
s'est déroulée en présence de plusieurs personnalités et représentants
d'organisations publiques et privées haïtiennes et dominicaines, dont le
chargé d'affaires haïtien en République Dominicaine, Edwin Paraison, et la
Procureure générale pour la Protection des enfants en République
Dominicaine, Isabel Mejia de Grullon. On a noté également la présence de
représentants de l'UNICEF en Haiti et en République Dominicaine, du Fond
des Nations Unies pour la Population (FNUAP) et de l'Agence Américaine
pour le Développement International (USAID).
Selon Juan Artola, représentant de L'OIM pour Haiti et la République
Dominicaine, Santiago et toute la zone du Cibao représentent un centre
important d'arrivée de ces enfants haïtiens. Sans exclure d'autres
régions, l'enquête a démontré qu'un nombre important des enfants est
originaire de la région Nord d'Haïti, particulièrement des communes de
Pilate et de Plaisance. Ils arrivent en République Dominicaine à travers
un puissant réseau de trafiquants fonctionnant avec la complicité de
nombreux Haitiens et Dominicains, parmi eux des policiers, des militaires
et des chauffeurs.
L'enquête a révélé que ce trafic d'enfants est réalisé avec le
consentement des parents qui considèrent les trafiquants comme des
bienfaiteurs. Ces derniers, estimés à une vingtaine, sont souvent des
membres de la famille ou des amis. En République Dominicaine ils emploient
les enfants dans la mendicité, le travail agricole et la construction.
La majorité des enfants trafiqués est âgé de 5 et 13 ans et va à l'école
en Haïti. Ces enfants effectuent le voyage, le plus souvent, pendant les
vacances d'été. A la fin de cette période, quelques-uns retournent en
Haiti, mais nombreux sont ceux qui restent en République Dominicaine. Une
partie de l'argent gagné sert au paiement des frais scolaires, à l'achat
de leurs uniformes et autres matériels pour la rentrée des classes.
L'autre partie va au trafiquant et aux parents.
L'enquête s'est également penchée sur les conditions de vie de ces enfants
en République Dominicaine. Ils vivent dans la marginalisation totale,
n'ont accès à aucun service de base, sont mal logés et mal nourris. Sans
documents, ils sont souvent victimes des rafles de la Direction de la
Migration et rapatriés dans des conditions déplorables en Haiti.
Les participants et participantes à cette rencontre se sont montrés très
préoccupés du fait que l'enquête ne mentionne pas la situation spécifique
des fillettes trafiquées. Parmi les recommandations, ils ont suggéré un
approfondissement de l'étude pour connaître le sort de ces fillettes qui
semblent être "employées" à des travaux moins visibles que ceux des
garçons.
L'assistance a également beaucoup insisté sur la nécessité d'une grande
sensibilisation des parents haïtiens sur le sort de leurs enfants et
plusieurs personnes ont semblé voir une relation entre le phénomène de la
domesticité et ce trafic d'enfants. Elles ont suggéré la réalisation d'une
réunion similaire en Haïti, à très court terme, pour présenter aux
dirigeants haïtiens les résultants de l'enquête et susciter dans l'opinion
publique une réflexion.
"Haiti et la République Dominicaine sont deux pays signataires des
conventions internationales relatives aux droits et à la protection des
enfants. Tous deux, nous avions la responsabilité d'agir pour corriger
cette situation" : c'est en ces termes que s'est exprimée la Procureure
générale pour la Protection des enfants en République Dominicaine, Isabel
Mejia de Grullon. Elle a souhaité une étroite collaboration entre les
institutions judiciaires haïtiennes et dominicaines pour freiner ce
trafic.
Intervenant à la clôture de la rencontre, le représentant de l'Unicef en
Haïti, M. Rodney Philips, a identifié un ensemble de droits des enfants
qui est violé dans cette affaire, notamment le droit à une famille, aux
soins, à l'amour et à la protection. "Nous devons approcher le problème
sous l'angle des droits humains", a-t-il dit. "Nous avions identifié le
sujet de droit qui est l'enfant, nous devons maintenant identifier les
responsables pour la réalisation de ces droits", a-t-il ajouté.
Insistant sur la coresponsabilité des autorités et sociétés des deux pays,
M. Philips a invité les parents, les ONG, les autorités judiciaires, la
Police, l'Armée, les responsables de la Migration en Haiti et en
République Dominicaine et la communauté internationale à œuvrer pour que
ces enfants ne soient plus victimes de tant d'exploitation et d'abus. [cl
apr 11/08/02 13:15]
Plus d'informations sur la liste de diffusion comgarr